Samantha

  • Hey Ron !
  • Comment est-ce qu’elle va la belle Samantha ?
  • Ça va, ça va ! Pis toi, grosse journée ?
  • Pas pire… i’m bored. J’vais te prendre deux petites Bud Light.
  • Pis ta fin de semaine, c’était comment ?
  • Arfff… My wife is a fucking criss de Bitch.
  • Bin voyons donc ! Qu’est-ce qui s’est passé là encore ?
  • J’t’allé au fucking grocery, j’ai passé toute la fucking journée à lui prep ma criss de recette secrète pis en plus j’t’allé acheter du vin blanc pis sais-tu ce qu’a me répond ?
  • Quoi ?
  • «I’m not hungry.» Non, mais me semble : Thanks you honey for the lunch avec un p’tit bec sec, c’est pas trop demandé ! C’t’une vraie criss de bitch ma femme.
  • Ouin… c’est vrai que là-dessus j’te donne raison. Aucun respect.
  • C’est un fucking enfer. Moins que j’la vois, mieux c’est.

***

– Je m’appelle Samantha, j’ai 19 ans. Je suis partie en ‘99 de mon village adoré, Saint-Marc-de-Latour, sur la Côte-Nord. Ma mère était convaincue que de m’envoyer vers la grande ville allait changer ma vie. En tout cas, pour l’instant, ça pas changé grand-chose. Vous l’avez probablement deviné. Je suis atterrie comme barmaid dans un bar de quartier. Aussitôt que j’ai eu l’âge, j’ai fouiné pour une job, pis j’ai trouvé une annonce qui traînait dans le journal. Ils m’ont répondu tout de suite. Le soir même de mon entrevue, j’ai appelé ma mère pour lui en parler. Ça fait cinq mois que j’travaille là-bas. Une taverne crade en bas d’un bar de danseuses. Ça fait pitié. La plupart des serveuses ne restent longtemps, elles s’lamentent qui font pas assez d’argent. Moi, je travaille là trois jours par semaine, à partir de 9h. Le matin je fais mes p’tites affaires, y’a juste deux ou trois clients aux machines en train de flauber leur fonds d’pension pis pendant c’temps-là, leurs téléphones restent sur mute parce que leurs femmes les cherchent partout. Les mêmes chaque jour. Pis quand j’ai de la chance, les danseuses d’en haut viennent prendre une bière avant de commencer leurs shifts, vers 11 h.

***

Ma préférée c’est Émilie, plantureuse aux cheveux mi- longs bruns foncés, une bouche invitante pis un caractère de chien, toujours en p’tite robe à bretelles spaghettis, pis en plus, elle met jamais de brassière. Ça fait 8 ans qu’elle danse ; des histoires à dormir debout, elle m’en raconte souvent. Y’a des malades prêts à tout pour se faire branler le manche, à faufiler leurs vingt piasses dans tous les g-string des filles sur le stage et… à les supplier dans les cabines de réaliser leurs fantasmes. J’peux vous garantir qu’y ont pas peur de grand-chose pour conquérir le cœur d’Émilie, ni même de se faire prendre par le bouncer de six pieds quatre qui fouine tout le temps entre les craques des rideaux. Ça déjà arrivé plus d’une fois qu’y en criss un dehors à grands coups d’poings sa gueule. Pauvres gars, ils finissent toutes pareils, amochés en bas des escaliers ; sans connaissance.

***

Ron vient me voir chaque jour avant de monter en haut. C’est un de mes clients réguliers, et celui d’Émilie aussi. Il me raconte tout, pis un jour ou y’était pas mal amoché, y m’a raconté que sa femme n’avait pas couché avec depuis le dernier verglas en janvier 1998. J’en revenais pas, trois ans sans coucher avec, déjà. Madame voulait se réchauffer parce qu’y avait pu d’Hydro depuis six jours, y l’a baisée de peur les fesses bin serrées, pas parce qu’il avait la chienne de venir trop vite, plutôt de peur de ne jamais venir parce que ça faisait une éternité que sa femme l’excitait pu. Peur de ci, peur de ça, peur de voir son criss de visage d’hypocrite en train de faire semblant, peur qu’elle se rendre compte que c’est lui qui faisait semblant dans l’fond…

***

  • T’as-tu eu bin du monde aujourd’hui ?
  • Bof, Ron est venu, tsé lui qui boit d’la petite Bud light !
  • Ouais, je sais c’est qui.
  • Y’es tellement nice avec moi !
  • Bon tant mieux, parce qu’y est pas si nice que sa avec tout le monde !
  • Hin ?
  • Bin… t’es une des seules barmaids qu’y fait pas chier.

***

Depuis que mon chien est mort, j’fais plus rien qu’écrire. J’ai toujours eu la maudite manie de m’inventer des histoires avec pas grand-chose. Mon père lui, s’est toujours demandé où je prenais toutes ça, ces histoires-là. Le jour où j’y ai dit que j’prenais tout ça dans ma tête, la seule question qui est venue dans sienne, c’est : «qu’est-ce que j’pouvais bin faire icitte?», dans ma nouvelle vie. Y’a toujours eu peur que j’devienne comme lui, que j’mène ma vie tout croche. Pourtant, j’lui ai jamais rien caché, en tout cas, presque.

***

Saint-Marc-de-Latour. Mais veux-tu bin me dire qui a choisi ce nom-là ? C’est un trou perdu. Ma mère est assez folle d’avoir voulu rester là-bas ! Elle a connu mon père dans un road trip, pis un mois plus tard, elle était en amour par-dessus la tête avec un bum ; enceinte de Sébas. Y’était dans son ventre de force. Y’a jamais aimé vivre mon frère…Depuis que ma mère m’a envoyée ici, ma meilleure amie de Saint-Marc m’appelle chaque semaine, pis elle me dit toujours la même affaire.

  • C’est tellement rendu plate sans toi, dans c’t’osti de village fantôme.
  • Ouin… Mais juste à dire Saint-Marc j’ai des frissons dans le dos.
  • Viens donc me voir dans pas long, l’été arrive !
  • Boff… Viens donc toi !
  • Mais ta mère elle ? T’auras pas l’choix d’venir la voir.
  • Ouin, mais sa maison est à vendre, a s’en vient en ville elle avec.
  • Shit… tu vas faire quoi avec ton chien ?
  • Bin… j’aurais pas le choix d’le laisser là, j’toujours bin pas pour le déterrer.
  • Ouin faudrait que vous le dites au prochain proprio.
  • Bof, j’aime aussi bin rien dire pis ma mère aussi.

***

  • Hey bon matin ! Tu travailles le jeudi asteure ?
  • Ouais, moi pis Shanna on a changé d’shift.
  • Pis, quoi de neuf ?
  • Arf… j’étais scrap hier, j’ai laissé mon char icitte.
  • C’ta toi la Matrix rouge ?
  • Ouais.
  • En tout cas hier là, j’ai vraiment pogné des osti de fuckés.
  • Hin, comment ça ? Raconte !
  • Un vieux bonhomme, y ma demander de lui écraser les gosses avec mes talons.
  • Bin voyons, tu m’fucking niaises ?
  • NON ! Y m’a amenée dans cabine y’étais prêt à m’donner 200 $.
  • Tu l’as faite ?
  • Pas fort, j’avais bin trop peur de lui exploser les gosses, imagines-tu toé ça se met à pisser le sang partout.
  • Ark ouin, c’est full sensible en plus…
  • Écoute. Y commençait à pogner les nerfs après moé.
  • Bah voyons, un osti de phénomène lui. Tu l’avais tu déjà vu ?
  • Y me criait après pendant que j’avais mes boules dans sa face – Émilie fait moé mal, squeeze moé les gosses avec tes talons, j’le mérite, punie MOÉÉÉÉ !
  • Tu d’vais tellement capoter.
  • Capoter !? C’pas le mot, au début je jouais le jeu, mais là, y trouvait que j’pesais pas assez fort. Fuck off câlice de sénile retourne chez vous.
  • BAH ? Tu y’a dit de décâlicer ?
  • Bin non ! Le bouncer est arrivé par magie, y la crissé dehors à grands coups d’poings sa gueule.

***

Les yeux fermés, Ron la broute comme un porc en lui tenant les cuisses entrouvertes, il imagine Émilie sur la scène se titillant les mamelons d’une main et en se caressant de l’autre, y’a pas le choix de bander devant sa femme pis ça le tue. Il rouvre les yeux, son âme meurtrie revint à la réalité. Il la retourne fermement et la prend par-derrière. Le sexe chaud et contracté de sa femme l’enrobe goulûment sans attendre. Ron médite son self-control et lui agrippe solidement les hanches. Corps raidi, sa femme se déhanche de tout bord tout coté en mordant à pleines dents l’oreiller. N’en pouvant plus, Ron lève les yeux vers le ciel et lui enroule les cheveux autour du poignet. Malgré qu’il ne pense pas à sa femme, il ne peut résister au plaisir de sa chair. Il la baise sans remords pour compenser ce qu’il a manqué ces dernières années. Elle le supplie de ne pas s’arrêter et lui enfonce ses longs ongles dans les cuisses. Leurs corps se fusionnent et la main molle de Ron laisse ses cheveux bruns se déprendre. Il lui caresse les seins en laissant la pression redescendre. Satisfaite, elle bêle du plus profond de sa chair humide… mais lui du plus profond de son âme ce qu’il entendait, celle qu’il voulait vraiment baiser, c’est Émilie.

***

Tout a commencé le 6 avril 1995, le jour où ma mère a avoué à mon père qu’elle ne l’aimait plus. J’me rappelle cette journée-là, j’avais 13 ans. Mon père m’a dit qu’y allait toujours m’aimer pareil, m’a donné un bec sur le front, pis y’est parti la tête basse. J’ai toujours pensé que c’était pas vraiment mon père qu’elle aimait pu, mais son mode de vie, sa mentalité de bum accrochée à lui. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, pis mon grand frère, lui, l’a pas pris pantoute. Y’a commencé à prendre du speed, pis d’autres bullshits dans le genre. Ça allait de pire en pire, y sautait des coches, foxait ses cours pis y’en voulait à terre entière. Y passait son temps à dire à ma mère que c’était une criss de vache à longueur de journée. Un jour y’est pas revenu de l’école. Les policiers l’on retrouvé en dessous du pont couvert à Rivière Blanche. Ça l’air qu’y avait l’écume sur le bord de la gueule, que ses yeux étaient vides, que y’était même pu dans son propre corps. Il a été hospitalisé pendant trois semaines. Après ça, tous les jours de nos vies ont été un enfer.

***

  • Come with me after your shift !
  • En haut ? Bof… j’sais pas là !
  • J’le savais que t’étais une petite pognée ! Let’s go, j’paye toute.
  • Chez pas Ron, me semble que c’est space. En plus, tu dis que j’suis comme ta fille. Pas trop mon genre d’aller aux danseuses avec mon père.
  • T’as de quoi de meilleur à faire ce soir, maybe ?

***

Les médecins l’ont diagnostiqué en 1996 lorsqu’y avait 16 ans. Y’ont supposé que la drogue avait probablement accéléré le développement de la maladie. La schizophrénie l’a hanté. Y devait prendre ses médicaments chaque matin, ça l’a toujours fait chier. Souvent y faisait exprès d’pas les prendre. C’est là que ça devenait compliqué… Ma mère allait souvent le chercher au poste en pleine crise, parce qu’y s’était fait pogner avec de la dope. Y’a même des fois où les policiers l’avaient transporté directe à l’hôpital. Finalement après une coupe d’heures, le médecin lui donnait son congé de la psychiatrie. Un méchant beau parleur Sébas, y’avait l’tour. Mais surtout y fallait absolument qu’y prenne ses médicaments. Sinon, il disjonctait.

***

Ron me regarde et lève son verre « Tchin ma belle ! ». Le parfum sucré que portent les danseuses plane un peu partout dans la place. Le DJ prend le micro : « Veuillez accueillir notre charmante et sensuelle Émilie ! ». C’est la première fois que j’y vais pendant qu’elle travaille. Elle monte sur le stage et la musique recommence. Gênée qu’elle m’aperçoive, je cale mon verre. La serveuse apparaît comme par magie près de notre table.

  • Amène-moi trois Jack’ honey, please!
  • Moi j’vais te prendre une autre vodka canneberge s’te plait.

Il me tend un shooter. Émilie tourne autour du poteau, se caresse les seins sensuellement. Ron la regarde presque qu’en bavant. Elle s’étend sur le sol, marche à quatre pattes sur la scène, regarde l’homme derrière elle et se donne une claque sur la fesse. Elle retourne la tête et m’aperçoit. Nos yeux ne se lâchent pas et elle continue de faire son agace. Je bois une autre gorgée; et puis une autre. Elle s’effleure l’entrejambe en me fixant droit dans les yeux. La serveuse arrive avec mon verre, Ron le paie et je le calle aussitôt. Il a un malin plaisir à me voir mal à l’aise. Il me tend 10 $ et me chuchote d’aller me coucher sur le stage.

  • Mais t’es-tu MALADE ?
  • T’ES PRUDE.
  • T’abuses tellement criss !
  • Aweille, vas-y d’abord !

Je prends une grande respiration et me lève brusquement de ma chaise.

Émilie me regarde surprise, les clients sont de plus en plus fébriles. J’avance lentement et la chanson s’arrête tout à coup, le DJ reprend son micro : « Ooooh ça s’en vient chaud ce soir, accueillez tous la belle Samaaaaantha ! ». Mais comment ça qu’il sait mon nom lui ? Je tourne la tête vers lui et je vois Ron accoudé sur le booth du DJ. Il me fait un sourire en coin. La musique reprend. J’hésite un moment et puis je mets le pied sur la scène, me couche sur le dos avec mon billet de 10 $ dans ma camisole.

Elle s’assoit doucement sur moi et se frotte le bassin en suivant le rythme de la musique. Je suis incapable de bouger et mon cœur bat à toute vitesse. Elle me regarde, enlève sa brassière et écrase violemment ses seins dans mon visage.

Son corps glisse très lentement sur le mien jusqu’à mon bouton de jeans, qu’elle déboutonne avec sa bouche pour ensuite remonter jusqu’à mon visage. Elle glisse ses doigts dans mes cheveux noirs et rapproche son visage du mien. M’embrasse langoureusement en extirpant le 10 $ de ma camisole avec son autre main. Elle rattrape sa brassière, se relève et ramasse les billets sur le stage. Des tonnes de regards me dévisagent et j’en vois même un se replacer la queue dans son pantalon. Je me dépêche à retourner me rasseoir.

  • Samme tabarnak, what the hell’s?
  • J’comprends pas ce qui vient de se passer.
  • Aweille shooter ! J’te câlice patience. Promess !

***

– C’était y’a trois ans, mon frère avait eu 18 ans et était sorti avec ses amis au bar, pis y’était pas rentré dormir. Le lendemain, vers 8 heures le soir, moi pis ma mère on écoutait un film assises sur le divan avec mon chien. La porte de la maison a claqué d’un coup. Ma mère m’a regardée pis m’a dit : « Bon, y’était temps ! ».

Mon frère a dévalé les escaliers comme un malade et s’est mis à hurler en pointant une carabine de chasse sur ma mère, c’était la Remington, la préférée de mon père. Les mains tremblantes, ses yeux pairs qui était noirs de haine « C’est de ta faute si j’suis de même, de ta faute si p’pa est partie ». Mon chien grognait. Je me suis levée du divan et je me suis approchée calmement en le suppliant d’arrêter, de lâcher son fusil. « Sébas, c’est pas de la faute à maman, tu l’sais… Donne-moi le fusil s’te plait ». « SAMME FERME TA GEULE C’EST TU CLAIR ? », il s’approcha de ma mère avec la carabine : « PIS TOÉ T’ES UNE CRISS DE FOLLE, T’ES PAS DIGNE DE VIVRE, T’ES DIGNE DE RIEN, J’TE DÉTESTE TELLEMENT». Ma mère ne pleurait pas, incapable de dire un mot, elle était figée sur le divan la mâchoire serrée. Wisky planté devant mon frère grognait, le dos hérissé et les crocs sortis. Sébas n’arrêtait pas d’insulter maman et levait de plus en plus le ton, il était hors de lui, blême, la goutte de sueur au front. Je ne savais plus quoi faire, j’ai tourné la tête vers ma mère, nos yeux se sont fixés quelques secondes. Le courant passait entre nous deux, on pensait mourir ce soir-là, mourir ensemble. Une larme a coulé sur ma joue, puis j’ai explosé : « Tu vas lâcher ça, CRISS ! ». Je me suis jetée en larmes sur lui, un coup de feu retentit dans mes oreilles. Je me suis effondrée sur le sol, entraînant mon frère avec moi.

Mon chien a toujours été protecteur, il s’est jeté sur lui en même temps que moi.

Il a reçu la balle en pleine tête, il y avait du sang partout sur les murs du sous-sol. Son pelage bringé trempait dans une mare, ses yeux ouverts me regardaient et son corps sursautait de spasmes. Je me suis relevée d’un coup et le pris dans mes bras, mes vêtements étaient couverts de sang. Mon corps tremblait. Un silence de mort a soudainement envahi la pièce, mon frère tremblait et me fixait avec son air désemparé. Aucun mot ne sortait de ma bouche, j’arrivais à peine à respirer.

Il a allongé son bras, a repris la carabine puis s’est agenouillé.

« Je m’excuse Samme. »

Sébas détourna son regard vers ma mère.

« Tout est de ta faute. »

La base de la Remington accotée sur le plancher, le canon sous son menton. Mon frère s’est tiré devant nous, le 5 janvier 1998, dans notre sous-sol à Saint-Marc-De-Latour.

***

  • Brrr, criss de Québec de bullshit, on gèle.
  • Abuse donc. Y fait juste 2 degrés dehors.
  • Anyway, c’est aussi frette que dans ma vie d’couple.
  • Bon qu’est-ce qui s’passe encore ?
  • My fucking wife, qu’elle mange de l’asti d’marde. À partir d’aujourd’hui là, i don’t give a shit.
  • Relax Ron, take it easy , veux-tu une p’tite bud light ?
  • Aweille donc.

***

  • As-tu déjà tenté de parler à ton frère après sa mort Samantha ?
  • Non jamais. Il l’mérite pas.
  • Tu sais que ton frère ne contrôlait pas totalement ses gestes, il ne prenait pas toujours ses médicaments.
  • J’le sais Ghislain, mais pour l’instant j’ai pas le goût.
  • Samantha, ça fait presque deux ans, il va falloir que tu arrives à faire la paix avec ça, pour réussir à faire la paix avec toi-même…

***

10 octobre 1999, Montréal

 

Objet : Suite du Dossier No 0293741012 – Samantha Dupuis-Fradette

Bonjour madame Dupuis,

Comme demandé, voici la suite de nos discussions par rapport à votre fille Samantha Dupuis-Fradette.

La dernière rencontre avec Samantha nous a permis d’identifier de légers signes qui nous font croire qu’il serait nécessaire de continuer sa thérapie, en référence à l’événement du 5 janvier 1998.

Malgré les antécédents familiaux schizophréniques, nous tenons à vous rassurer. Nous croyons que Samantha reflète la peine qu’elle éprouve dans une hyperactivité sexuelle légèrement supérieure à celle des jeunes de son âge et rien de plus. Par contre, elle semble ressentir beaucoup plus de souffrance reliée à la perte de son animal de compagnie qu’à celle de son frère. Le suivi fait par la travailleuse sociale ainsi que par la psychoéducatrice l’aidera à traverser cette période difficile.

Nous tenons toutefois à préciser qu’il serait important que Samantha continue les rencontres du mercredi soir 19h00, qui ont lieu au pavillon Albert-Prévost au Local S-1092 (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels).

Comme elle atteindra majorité le 28 novembre 2000, elle ne sera plus sous la garde de la protection de la jeunesse et nous ne pourrons plus lui imposer les rencontres.

N.B. : Nous vous rappelons que vous pouvez venir tous les jours entre 9h et 20h, mais que vous devez appeler pour nous aviser de votre présence au moins 24h à l’avance.

Ghislain Bordeleau

Responsable du département

***

  • J’ai eu une offre d’achat pour la maison !
  • Hin, pas vrai ? Tu vas enfin t’en venir ?
  • Oui, c’était un peu en bas de mon prix, mais j’ai signé. Je m’ennuyais trop.
  • Enfin maman, j’avais tellement hâte ! C’est pour quelle date ?
  • 6 Août !
  • Déjà ? Shit, va falloir que j’monte une dernière fois, voir mon chien…
  • Y va surtout falloir que tu fasses vite, trois mois c’est vite passé ma fille!

***

Après la mort de mon chien, ma mère m’a dit que c’était correct si mon père venait m’aider et que je pouvais l’enterrer en face de la maison. Il est venu chez nous pour mesurer son corps et m’a construit un cercueil en bois, recouvert de peinture noire. Sur le dessus du cercueil, il avait collé des lettres blanches en bois avec son nom : Wisky. J’ai installé son coussin dans le fond du cercueil avec son os en rubber préféré. Je l’ai flatté une dernière fois, son corps était raide, mort. Je l’ai ensuite déposé dans son coussin et je me suis effondrée en larmes, à genoux devant lui. Je l’ai caché avec sa couverte bleue et je l’ai embrassé à travers le sac que mon père lui avait mis sur sa tête. J’ai dit à mon père que je ne voulais pas qu’il soit enterré avec ça. Il m’a demandé de me retourner et l’a enlevé. Il a aussitôt refermé la tombe et l’a rangé en dessous du balcon pour l’hiver. Aussitôt que la neige a fini de fondre, il est revenu et a creusé un trou d’environ cinq pieds de creux dans la cour, c’est là que je lui ai fait mes adieux. Pour qu’il ne disparaisse jamais, j’ai planté un érable de l’Amour à environ un mètre d’où il était enterré, je ne voulais pas que les racines de l’arbre défoncent son corps en poussant. Ça fait maintenant trois ans qui règne un silence de mort à notre maison de Saint-Marc. Pis chaque jour avant que ma mère m’envoie ici, j’allais lui parler. Je lui ai dit de me garder une place avec lui là-bas. Je le voyais, il était là, à côté de moi. Je pleurais et lui me lichait les joues, c’était salé, lui il a toujours aimé ça.

***

  • Eille l’été arrive c’est tu pas beau ça !?
  • Bin oui! J’ai tellement hâte de pu me geler le cul, ENFIN !
  • Ron est pas là à matin ?
  • Non.
  • C’est rare ça !
  • Ouais, pourquoi tu demandes ça ?
  • Ha… pour rien !
  • Aweille dit moi.
  • Aaaaaaastiii que j’ta boute ma fille.
  • Pourquoi ?
  • Le monde est de plus en plus fucké, pis Ron là…..
  • Hin ? Quoi y’est bin correct avec moi pourtant !
  • Depuis que t’es venue sur le stage là, y m’achale encore plus qu’avant.
  • Euuu… C’quoi qui te dit là ?
  • Bof, en gros y veut m’fourrer plus que jamais, pis y m’donne d’la dope gratisse.
  • Hin ! J’espère que tu prends pas ça ? C’est quoi là, il vend d’la dope asteure ?
  • Ouais, y’a commencé, sa femme se demandait ou c’qui mettait toute son argent.
  • Ayoye ok…. J’avoue qu’y passe ses journées icitte.
  • Ouin ! pis y fait acraire à sa blonde qu’y est à job de 8 à 5….
  • En tout cas…
  • Hey ? J’pensais à ça, ça te tenterait-tu qu’on sorte un soir cette semaine ?
  • Bin oui pas de troubles, mais faut que j’monte y’é déjà midi !

***

Après 7h de route, j’arrive devant la maison. Elle n’a pas changé, en briques brunes et orange, l’entrée est pleine de fleurs vivaces, bien taillées. J’entre et je descends directement à la chambre de mon frère au sous-sol. Je m’assois sur son lit. Tout est comme avant : les murs gris et noirs, les draps de son lit, sa guitare sèche et ses vieux disques poussiéreux qui traînent. Ma mère n’a rien osé toucher. J’entends la porte de la maison ouvrir et la médaille du chien bouger tandis qu’il déboule les escaliers comme un fou. Maman referme la porte et crie :

  • Samme? T’es arrivée ?

Elle descend les escaliers et ouvre la porte, elle est seule, mon chien n’est pas là. Elle s’assoit à côté de moi et pose sa main sur la mienne.

  • Voyons ! T’as don’bin les mains frettes.
  • Tu sais, ce qui est arrivé avec Sébas, ça me gèle le sang.
  • Maman, j’ai entendu Wisky descendre les marches, j’ai entendu le bruit de ses deux médailles qui claquaient ensemble.

Elle me regarde sans dire un mot et examine autour les choses de mon frère. Me serre dans ses bras et se met à pleurer. Son visage dans le creux de mon cou, elle me caresse les cheveux et me chuchote à l’oreille.

  • Je sais Samme. Moi aussi, je l’entends chaque jour.

***

  • T’as-tu vu Émilie ? Était supposé venir me r’joindre vers dix heures ?
  • Oui j’viens d’la voir, elle vient de partir avec Ron.
  • Euuu, vous l’avez pas laissé partir avec Ron quand même ?!
  • C’est quoi l’problème ? Elle était crissement gelée, horny bin raide, elle avait sûrement le goût d’se faire fourrer.
  • On était supposés sortir ensemble, sais-tu sont allés où ?
  • Sûrement au motel crasseux à 2 min d’icitte où est-ce qu’y lousent les chambres à l’heure.
  • Ark, pas le motel en tournant le croche ?

Je dévale l’escalier du bar et me retrouve dans le stationnement, le pick-up de Ron est toujours stationné près de l’entrée et l’auto d’Émilie n’est pas là. Je retourne chez moi, de toute manière le motel est sur mon chemin. Je me dis qu’elle ne peut pas avoir fait ça, elle est heavy, mais… pas tant que ça. Elle fait juste danser pis c’est toute. De toute façon, elle commençait à en avoir plein le cul de Ron.

J’entrevois le motel, j’essaie de voir la couleur des autos stationnées en marchant. Quand enfin, j’aperçois une auto semblable à celle d’Émilie stationnée devant la chambre 16. Je m’approche, la portière est encore entrouverte et je reconnais aussitôt ses couvre sièges zébrés et le chapelet accroché au rétroviseur. Je vais m’accroupir en petit bonhomme sous la fenêtre de la chambre. Sans même avoir le temps de regarder, un passant me crie après.

  • Qu’ossé qu’tu fais là, à espionner le monde ?
  • J’espionne personne, j’ai échappé mes clés en sortant de mon char.
  • C’ta toi la Matrix ?
  • C’pas de tes criss d’affaires !

J’embarque dans l’auto et je m’assois. Il repart enfin. Aussitôt, je retourne voir ce qui se passe dans la chambre. Je vois au travers d’un coin de store cassé. Il n’y a personne. La porte de la salle de bain est fermée. Quelques bières vides traînent sur la table de chevet. Une ligne de coke traîne sur un petit miroir à côté d’un billet roulé. Un portefeuille est là, les cartes sont à moitié sorties. Des pilules de toutes les couleurs sont dans un sac entrouvert. D’un coup, la porte s’ouvre et Ron pousse brutalement Émilie sur le lit. Ses yeux sont à demi fermés, elle semble trouver ça drôle. Couchée sur le ventre, nue, elle essaie de se relever, mais il lui retient la nuque. Il détache alors sa ceinture avec son autre main et laisse tomber son pantalon. Il enroule ses longs cheveux bruns autour de son poignet et la pénètre en lui relevant la tête. Il y va de plus en plus fort. Je vois ses lèvres marmonner et sa main qui tente mollement de le repousser. C’est assez. Je me relève et tente d’ouvrir la porte de la chambre. Elle est barrée.

***

Couchée à côté de l’érable de l’Amour, je m’endors sous le soleil de l’après-midi.

Le paysage est blanc, je vois Wisky au loin avec son os dans la gueule. Je l’appelle, il s’approche à quelques mètres de moi. Il branle la queue et laisse tomber son os. Il me fixe droit dans les yeux et moi aussi. Je m’approche lentement pour le toucher. Il reprend son os et se sauve en courant. Je le suis et il s’arrête encore. Aussitôt que je suis près, il repart. Je le perds de vue et continue de marcher. Tout est flou autour de moi.

Les médailles de mon chien se font entendre. Ça y’est je le vois. Sa queue branle et son os tombe sur la pelouse. Surpris, Wisky se retourne la tête. Quelqu’un crie mon nom. Je me retourne et je vois Sébas qui s’enligne vers moi. Je suis figée sur place, n’arrive plus à bouger. Mes mains sont moites. Il se tient devant moi l’air épuisé.

– Pardonne-moi j’t’en supplie… je t’aime ma sœur.

– Pourquoi t’as fait ça, maman méritait pas ça, Wisky non plus.

– Si tu savais comment j’m’en veux, pour tout ce que j’vous ai faite endurer.

– Reviens, pis prouves-y, prouve y que tu peux t’reprendre en main, steplait.

– Y’es trop tard Samme, toi, fait le pour moi.

– Pourquoi ? Pourquoi trop tard ?

– Tu peux pas comprendre Samme, j’suis épuisé d’me battre.

– Pourquoi Sébas ? Pourquoi tu dit sa ?

– Dis à maman que je l’aime… Malgré ce que j’ai pu faire.

Il me prit de toutes ses forces et me serra dans ses bras maigres, puis s’éloigna tranquillement. Une larme coula sur ma joue, Wisky se jeta sur moi.

***

Presque immédiatement, le store s’entrouvre, Ron me voit. Paniqué il s’habille, reprend rapidement ses choses et se sauve par la porte de l’intérieur. Je me dépêche d’entrer dans la réception du motel et cours. Je tourne dans le couloir de la chambre et l’autre porte menant à l’extérieur se referme en même temps. J’entre et je verrouille la porte. Émilie est couchée sur le ventre, presque inconsciente, des gouttes de sang tachent les draps.

– Mais ? Mais qu’est-ce qu’il t’a fait prendre Émilie ?

– AA. A.. A sam….me. Laisse-moi.. dor..mi… ir sivou… plai… ait….

Je la couvre avec ma veste et elle se recroqueville sur moi.

***

Je me réveille les yeux pleins d’eau, le soleil de l’après-midi a brulé ma peau. Je me dirige vers la maison, en visualisant mon rêve. Mon père est là et parle avec ma mère.

  • Samantha, nous avons quelque chose à te dire, assieds-toi…
  • Qu’est-ce qui s’passe ? Vous allez revenir ensemble ?
  • Écoutes ton père s’il te plait, assied-toi Samme.
  • Voyons qu’est-ce qui a criss ! Allez vous accoucher !
  • Nous avons fait débrancher ton frère cette avant-midi…
  • Quoi ?!

Ma gorge se noue et je n’arrive plus à trouver mon air. Je laisse mon corps affaibli s’effondrer en larmes sur le divan. Mes parents s’assoient de chaque côté de moi, pour une rare fois, les bras de mon père me prennent et je sens une larme seule couler dans le creux de mon épaule. Ma mère nous observe, ses yeux bleus sont rougis, sa mâchoire tremble et elle n’arrête pas de passer ses doigts sous ses yeux. Après s’être retenue trop longtemps, elle éclate en sanglots.

  • .. tout est de ma faute.
  • Non maman, j’ai parlé à Sébas cette après-midi… Il m’a dit de te dire qu’y… qu’y t’aimait.

***

Quelqu’un cogne à la porte de notre chambre. Je tasse doucement Émilie et me dépêche d’aller répondre.

  • Bonjour je suis l’agent Prévost du Service de Police de Montréal, la réceptionniste du motel a téléphoné pour nous dire qu’il avait vu une jeune femme paniquée courir jusqu’à la chambre. Est-ce que tout va bien ici ?

***

  • Maman… Tu m’pardonnes-tu ?
  • Bin voyons donc, tu le sais ma fille, ça pas été facile, mais on s’en ait sortie.
  • J’m’en veux tellement pour tout ce que j’t’ai fait vivre.
  • Arrête là ! On recommence à zéro, dépêche la tu vas être en retard.
  • Okai à tantôt ! J’t’aime.

Je descends de l’auto à la course, je cours jusqu’au pavillon. J’arrive de souper avec ma mère, elle vient tout juste de déménager en ville. Nous avons défait des boites toute la journée. En retard à ma rencontre, j’regarde ma montre, déjà 19h02. J’entre dans le local pressée et sans dire un mot et je m’installe. Tout le monde me regarde sauf une, elle fixe le plancher la tête baissée, ses cheveux sont bruns, mi-longs, je la reconnais.

  • Bon aujourd’hui je vous demande d’accueillir une nouvelle dans le groupe ! Alors Émilie, si tu veux, tu peux commencer par nous faire une petite présentation de toi. Si tu n’es pas à l’aise, on peut attendre à la prochaine rencontre, c’est toi qui décides !

Surprise de la voir ici, je la regarde sans arrêt. Elle commence à se présenter en continuant sans cesse de regarder le sol.

  • Eu…. Bin salue, j’m’appelle Émilie Loizelle, j’ai 26 ans…

Sa tête se relève lentement et elle scrute toutes les filles assises en cercle. Elle me voit et me regarde étonnée, combien y’avait de chances qu’on se retrouve aux mêmes foutues rencontres ? Ses yeux noisette restent figés sur moi quelques secondes.

***

  • Vous êtes chanceuse, nous avons retrouvé le permis de conduire de l’homme en question en dessous du sofa à côté de la table de chevet. Si vous décidez de porter plainte, nous aurons une preuve formelle de l’identité de l’homme pour appuyer la description que la réceptionniste nous a faite. Et votre amie, Samantha Dupuis-Fradette, est d’accord de témoigner pour vous.

***

La travailleuse sociale reprend :

  • Émilie ? Si tu n’es pas prête, on attendra à l’autre séance, on respecte ton rythme.
  • Non non, s’correct…
  • Parfaits alors, nous t’écoutons.

Elle reprend sa présentation en prenant soin de ne pas me lâcher des yeux.

  • J’ai travaillé pendant huit ans dans un club de danseuses de jour. J’ai jamais vraiment aimé ça. J’passais mes journées à m’faire taponner par des vieux criss de pervers. Un jour j’ai connu la p’tite nouvelle du bar en bas, a venait d’la Côte-Nord. Je l’ai toujours bin aimé, mais j’lui ai jamais dit parce que j’tais toujours gelée comme une balle. J’pensais juste au criss de cash pis un jour j’ai accepté de coucher avec un client, pis ça dégénéré…

***

  • En vrai, j’vous ai jamais raconté pourquoi ma mère m’avait envoyée ici. Bin quand mon chien est mort, j’ai disjoncté pis j’avais des idées de plus en plus trash, j’ai fait vivre l’enfer à ma mère, pis j’le regrette tellement, si vous saviez…

 

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À propos

Comment les gens peuvent-t ’ils ainsi laisser contrôler leur existence par un organe de 3 pouces de long , rempli de liquide visqueux et attaché par des cordes (d’un bord pis de l’autre) ; pendu comme un mort ; ah ! Leur cœur est innocent. Clairement je le laisse guider ma vie, par-ci par-là. Les âmes à mes côtés sont sois calme, sois pas calme, sois nues comme des vers, sois mal ou bien habillées. Elles sont tellement bizarres qu’à la longue elles ne le sont plus. Je vous prie de m’excuser pour mes propos. Mais … Mais quoi ? (Ma pensée se mélange entre ce que je dois écrire pour ce travail et : ce que j’ai vraiment envie d’écrire) HÉLAS! Je suis toujours prise entre les deux murs. Sur ce, je commence à tisser mon nid de substances étrangères dans ce malaise semi-attachant ; celui qui m’accueillera dans son intimité cette nuit. Ou j’ai flatté ma joue sur du coton à l’odeur de romancier. Quand je me suis levée il m’avait préparé un verre d’eau à moitié plein ainsi qu’une Tylenol 500 milligrammes. Il est meilleur que les derniers ; mon inconfort.

M’engage à écrire, m’engage à me désabonner de mon petit train-train, m’engage à être prête ou : à ne peut être pas l’être ? Une chose est définitivement claire dans ma tête ; je ne peux pas plonger dans le vide, car en vérité, je ne sais pas plonger. (Je ne peux quand même pas être humoriste en plus d’être créatrice) Par contre, je suis prête à faire la bombe dans ce néant qui me parait tellement hospitalier. J’ai passé toute mon existence à prendre des choix qui me paraissaient logiques. Ou je ne pouvais pas trop gagner, mais surtout ne pas trop perdre en même temps. J’étais raisonnable dans ce temps-là. Mais quel est ce fameux coût ; de rester raisonnable ? J’hallucine ou ils ont oublié de mettre l’étiquette ? Probablement un peu trop de sous pour ce que j’ai dans mon porte-monnaie rouge semi-délabré. Je resterai pauvre jusqu’au jour où je cracherai sur ma routine. Ce jour me semble déjà bien loin – perdu dans le passé. Cette minute de réflexion où ce qui m’importera le plus de l’écriture ne sera pas dans mon compte bancaire de la RBC, mais bel et bien dans ma tête. Drôlement je me sens un peu plus riche après c’est quelques mots ; ça ne m’a pas pris grand-chose, comme disait ma prof Johanne : la machine est repartie. C’est fini la rêvasse, le livreur du «bon timing» cogne, je signe et je me dépêche à déballer ma chance.

Après à peine quelques semaines à ressentir constamment de l’inconfort par rapport à mes cours où je ne déchiffre pas tout ce charabia, je n’ai rien compris : qu’est-ce que je devais donner comme résultat ? Pour moi tout est du chinois, du latin-grecque, du casse-noix et toutes langues qui me sont inconnues. (Et j’en passe) 2017- j’aime bien ma langue et je parle «ma mienne» ; je ne sais plus articuler quand j’ai la bouche pleine de chips barbecue. Moi des jours où je me sens plus poétique et des jours où je me sens gras comme le clavier d’une fille qui écrit la bouche pleine. (Je me rappelle la première fois j’étais allée à Québec avec une amie dans un bar et quelqu’un m’avais fait la remarque que « ça s’voué tu suite que tu viens d’la campagne » ; plus jamais j’aurais voulu découdre mes lèvres à ce moment-là tellement je me sentais humiliée.) Plusieurs jours se sont écoulés entre le temps où je reniais d’être cette fille de région et le temps où ; je suis fière de l’être, VOILÀ! Donc je ne pourrais pas dire que Madame Ernaud n’a pas de raison d’avoir eu honte de sa langue maternelle, j’ai eu honte aussi ; j’avais 14 ans, jeune et totalement non affirmée. Déjà je passais mon temps à dire à mon père de surveiller son langage parce que ça me gênait. En quoi m’engage écrire encore, ça m’engage à m’accepter, à vivre avec ma langue et faut croire qu’avec ça, on fait du chemin. Je sens que peu à peu je deviens une autre personne, ça devient presque plaisant à la longue de devenir moi-même.

L’ idée de la mort m’est souvent apparue comme une illumination non désirée. Curieusement elle se manifeste lorsque je flirte avec les inconnus qui ne me parlent pas sur le trottoir. Toutes les fois, ça me fige ; bizarre et à la fois plaisant. Je l’ai ressentie éclore dans mon ventre, ce pressentiment d’euphorie. J’ai toujours eu peur de mourir et encore plus de mourir inconnu à mon triste sort ; mon hideux désespoir (avec un peu d’ambition quand même) d’écrivaine de récit. Comme j’ai vu l’écrivain à son kiosque au festival de la galette de Saint-Eustache au début de l’été ; il y avait des gens et des âmes partout. Sauf au sien ; le cœur a voulu m’arracher. Mon copain qui me demande si ça allait ; « BIEN SÛR QUE NON QUE ÇA NE VA PAS ? Ta vue son stand y’a personne PAS UN CHAT ! Imagines-tu si ça m’arriverait ? » Mon corps s’alourdit et … je peux toujours ben pas croire que ma passion pourrait finir par me mettre le doigt sur la gâchette (sois disant un fusil de plastique sur ma tempe, car je dédramatise tout). J’avais l’impression que jetait la seule au monde à ressentir cette douleur vis-à-vis la mort. Pas la mort du corps, mais la mort de ta recette préférée que tu as passé ta vie à modifier pour qu’elle soit LA MEILLEURE DES MEILLEURES ; et au final personne ne veut y prendre une lichette. Les jeunes se mettent n’importe quoi dans le nez, mais ta recette par exemple : « NON MERCI, j’aime pas ça !». (Je les enverrais se faire foutre chez le diable, mais ma mère ne m’a pas élevé comme ça). J’ai changé de branche 5 fois. Mes amis me disaient : « BIN VOYONS, décide-toi ! ». Jaime les chiens et j’aime écrire, ce n’est pas compliqué. Ils rajoutaient : « Franchement Pat ! Tu gagneras jamais ta vie avec ça !!» (J’aimerais leur accorder une médaille d’or dans le sport de péter ma bulle) Être riches c’est un état d’esprit : C’EST ÇA LE BONHEUR ! La bave de chien, les chips barbecue et l’écriture ; un trio abordable à un prix abordable. Non ?

Dernière partie :

La résurrection dans ma mort certaine.

(Je suis un Zombie littérairement parlant)

Je vis toujours à fond mes récits ; même si je ne l’ai pas vécue de mon propre être. J’en ai admiré ce matin le portrait, dans le miroir de la petite salle de bain adjacente à ma chambre ; j’ai vu les yeux d’une jeune femme au cheveu blond mi long, Amy – effrayée ; j’ai senti la main froide et gênante de pierre me prendre par le bras ; j’ai entendu Maryse parler :

 

Elle m’a dit qu’elle était morte.

 

 

J’ai ensuite pris du recul ; et je me suis vu 6 pieds sous terre – vivante – dans mon cercueil d’écrivain. Après tout peut être que le travail de raconteur me plait ? Peut-être que de mourir de cette façon me semble la plus logique et la plus confortable …

[OUI! J’ai accepté cette situation ; aujourd’hui en tant qu’auteure (à cause de ce cher Roland ; ça me fait rire, car mon ancien patron s’appelait Roland aussi ; un médecin ; lui aussi on dirait qu’il voulait que je crève des fois ; OK j’exagère). Il est entendu que je ne veux pas savoir si vous avez réellement compris la chose ou vous dites peut-être : «-OK l’auteur aurait définitivement besoin de médicament. » Je n’en ai aucune idée ; car selon l’hypothèse, je suis une auteure morte. Convenu que vous saisissez ce qui vous semble bon de saisir. Et aussi : convenu que je n’ai pas eu le temps de faire le ménage de ma chambre- de ma tête – et que mon père m’aurais privé de sortir avec mes amies en 2006]

( rien a comprendre )

Non criminellement responsable des fautes d’orthographes

Étudiante – Certificat création littéraire 2017

( Je vous aime )

L’artiste. [ 18 et + ]

– Ce que je dis, comment? Écoute Alex, tu sais pas toi. Eux savent rien non plus. Jamais connu ça moé : la censure. Il m’a plié le cœur en d’dans de 2 marges, y’a bâclé sa job pis y’a griffonné son brouillon sur mon âme. Mes semblants de sentiment que j’avais pour lui, y’ont pris le bord toute la criss de gang ! Passeport allé simple vers la Colombie ; as-tu déjà vu ça toé des papillons sa coke ? Crée moé qu’ça s’envole vite en tabarnak.

 

– Bon, reviens donc sur la terre là…

– Défends-le donc tant qu’à y être ! Ça ben beau être la bromance entre toé pis lui, mais ça l’autorisait pas à m’faire ce qui m’a faite. Moi qui sois disant pensait le connaitre comme le fond d’ma poche… j’me suis fourré l’doigt dans l’oeil. Inquiètes-toi pas ! J’les ai sentis ses oreillers souillés ; j’les ai même aimés pendants un boute. Sans compter ses draps bruns qui avaient surement pas lavé depuis qui s’était trempé le pinceau dans une autre toile. Un peintre de gloire ce Henrik. Pourtant y’a jamais su nous faire des lignes droites.

-…

– Garocher son sperme partout, ça fait pas de lui un artiste.

« Accueillez tous sur scène Monsieur Charbonneau.

Le préféré des Québécois dans l’art ; l’art de crosser le monde.»

Un bon à toute ; a rien pantoute. Pis sa criss de pute elle, a s’torchait l’fluide à levure dans notre lite pendant que je travaillais le mardi de 4 à minuit. T’aurais pu t’artenir de saloper mes draps : les miens, les siens, les nôtres rendus là. Innocente comme lui, beau duo. Tsé le genre de crée-toute qui s’émerveille quand tu lui dis qu’une vache brune ça donne du lait au chocolat. BEN OUI !La race croisée bâtarde que tu pensais en voie d’extinction dans le fin fond du monde ; quelque part ou qui fait chaud, ou l’humidex est dans le prélart. Pensant d’être le trésor d’Oak Island à ses yeux, elle va voir assez vite qui va la réenterrer dans le trou. Charbonneau racle le sol avec ses griffes comme pour marquer son territoire comme un cabot après d’avoir coulé son bronze. Pis y décriss parce que dieux sais qui garde jamais la même ben longtemps.

– Mais…

-Alex laisse moé m’vider l’cœur, c’tu clair ? J’te l’avais dit dans le temps que j’avais construit un enclos avec papa dans le garage. On avait même pensé mettre un toit en cage à poules pour pas qui saute la clôture. Rendu là, j’avais pu trop les moyens. Aussi bien le faire castrer ; j’aurais dû. Mais ça aurais l’air que c’est pas full légal de couper les couilles de quelqu’un pis que ça ne règlerait pas le problème ; y’était trop rendu loin dans sa maladie. Le pire c’est que dans notre famille, avoue qu’on aurait été game d’y faire économiser le prix de la castration. J’y aurais moi-même enlevé ça ces gosses-là. Des vrais Bougons ; des pas trustables. Les assureurs, yen a pu un criss qui veut prendre en charge notre responsabilité civile. Industrielle Alliance y’on dit oui. Mais il nous charge la peau du cul, des culs de toute la famille réunie.

– C’est toutes des voleurs de toute façon.

– En téka… mercredi soir, j’tais assis chez nous. IMAGINE TOÉ DONC. Tsé quand ta Mini-Pinscher a le trou de cul ben dilaté pis qu’elle danse la salsa sur ses deux pattes pour garder l’équilibre. Elle, elle l’à l’affaire. Un joli cadeau de Noël sur le plancher ; ben ferme, ben chaud. Drette dans ma face pendant que je mange des chips, des Lays en plus. Pauvre cachou, le chihuahua, qui la regarde : les oreilles par en arrière, les yeux crissement sorti de leur orbite, une patte levée pis le shake jusqu’à l’os. Qui a l’air de se demander : – COMMENT SA, QUE MA BLONDE A CHIE ? Une chienne, ça n’fait pas caca. NON mais tsé. C’est quand même cent fois moins pire que ce que je pense d’Henrick. La brume de marde est venue me chatouiller le nez. Je sors de la couverte habillée de mon vieux pyjama de flanalette -attrape un kleenex-  me penche par en avant- -ramasse l’amour incontestable de mon chien ; une petite partie de lui. Je l’aime juste trop.

Moi, Henrik Charbonneau, je te prends toi, Laurie Desmarais
À partir de ce jour, pour rire et ainsi que vivre dans la joie,
pour partager avec toi, mon amour, les moments de tristesse.
Et pour grandir avec toi dans notre merveilleux jardin d’amour
et pour t’
être fidèle, à jamais, et ce pour tous les jours de notre vie.

Jusqu’à ce que la mort nous sépare, oui je-tu-il-nous le voulons.

Et Puis là… Le curé nous a levé son drapeau blanc :

              « Vous pouvez désormais embrasser la mariée »

     « Vous bouffez le cul sans être puni par les saints »

                               « Fourrez jusqu’à ce que l’corps vous fende en deux »

« Vivre dans la déchéance et le péché infernal »

                        « Vous mentir, la tromper, trahissons l’église »

          « Des traitres ignobles : des faux christs de croyant »

    Amen calice, j’aurais dû te cracher dans gueule avoir su.

Et patati et patata ! Ce jour-là j’avais l’impression d’avoir gagné le

JACK-POT.

Dire qu’il osait me fourrer en m’regardant dans le blanc des yeux. Le cœur me lève…

Trop tard asteure : il s’est laissé allez la gueule, m’a garroché son œuvre dans le ventre, y ma dévisser le coup –il m’a chié dans l’âme- un infidèle de la vie,  

un artiste à marde.

Que mes volontés soient faites sur la terre comme au ciel.

 

OK la, prend une bonne respiration t’est rendu sur un méchant délire…

-Y l’mérite pas tu penses ? Voyons donc.

-Je sais bien Laurie, mais ça sert à rien…

-J’vais starter le char tout de suite, on gèle.

-OK, on arrête manger ? J’me meurs.

-Embarque – on n’ira.

[SUR LA ROUTE…]

-Voyons !!! Fais-tu exprès de coller le monde au cul ?

-Eille ! Peux-tu ben me laisser chauffer, ça me silles dans l’oreille.

-J’ai l’gout d’me rendre en un morceau, j’ai-tu l’droit ?

-Pourquoi je suis toujours en amour avec du monde de même. Sam, Michael, pis là, Henrik. Avant d’être des mangeux de marde, c’était tous des bon gars. Trois cent quatre-vingt-six hommes de ma vie. J’ai aimais toute égale. No stress. Toute cette histoire me rappelle papa. Te rappelles-tu ? Le tchek-enginede son Dodge Durango orange allumait dans le datch pis y’a voulu le mettre à vendre. Il coupait des fils un peu partout dans la boite électrique. P’pa s’est fourré de fil… et après ça, y start pu le char

Zéro lumière. Zéro moteur. PLUS RIEN PANTOUTE.

-AAAAAAhaha !!! C’est fou comment p’pa y’es patenteux.

-Sam, Michael et Henrik. Ça devait faire partie de ce genre-là : le camouflage des vices cachés ; l’art d’être un vendeur de rêve déchu chez H Grégoire -négociateur de citron- carrière pourrie. Dans le temps, Sam me fessait à croire que le plus gros problème, c’était à 2 pouces en arrière du volant. Aujourd’hui, j’me dis que ce qui me disait ça reflétait juste ce qui était au fond de lui : UN ESTI de GROS BOBO.

-…

-Le vieux dans son Chrysler 300 en avant : son criss de flasher hyperactif, je pompe d’angoisse, ma mort imminente. Le bonhomme a dû rétrécir de 5 pouces en vieillissant ; à grosseur du char y doit pas voir ses angles morts certain. Me semble que s’pas ben compliquer d’aller au garage faire changer tes lumières, y peut ben crever dans son corbillard roulant. Un dimanche. Un jour de brunante gris-noir. Enterrez-moi avec.

Please.

Alex, tu m’écoutes-tu ?

-Le pire c’est que tu disais tout le temps à Tania qu’elle devrait crisser son chum là.

-Je l’sais…Ça me dégoute, comment y’a pu y venir pis revenir d’en venir d’éjaculer dans SA peau.Catherine, en plus! Je la haïssais-tu assez elle au secondaire.

-Faut dire que t’a la poisse, toutes tes chums te trompe pis t’retrompe.

-En tout cas il rêvait qu’on achète une ferme, qu’on cultive nos terres ensemble…Le génie a exaucé son vœu !!! Il l’a planté   ;

 sa fameuse graine.

-Yé chanceux que tu lui laisses 1 journée pour venir chercher ses affaires.

-Te rappelles-tu ce que t’avais fait à Michael ?

-HAAA ! OUIIIIIII ! Un jeudi à l’heure de pointe en plus.

-Mettre son divan sur des 2 par 4 dans l’banc de neige ;

J’ai été chienne en dieu.

Hahahahahaha ! M-A-C-H-I-A-V-É-L-I-Q-U-E.

Ça se dit-tu ?

OUI ! AAAAAAAAAAAAAAAAAYOYE QUE JE L’AI ÉTÉ.

CHIENNE OU PAS ASSEZ JE L’SAIS PU. Je d-é-l-i-r-e.

Totalement. No joke. 

Dans marde comme il l’était, y’a dû le vendre pour une demi de poudre toute façon.

-Au moins tu vas sauver sur les cadeaux de Noël la sœur !

– Ouin… je sais pas si j’ai l’gout. Rendez-moi mes papillons, je vous en supplie.

– Ouvre les yeux voyons….

– On sort se péter la face à soir ?

– Tes tu conne ou quoi ? T’es enceinte ! T’as déjà oublié ?

-….

– Laurie ?

-… Merci d’me rentrer le couteau dans plaie Alex, J’T’ORMERCIE GRANDEMENT.

-… J’voulais pas qu’tu le prennes comme ça, tu l’sais.

– Téka. T’as manqué une chance de fermer ta yeule.

 

[ fin du drama ]

Offre d’emploi – kijiji

( à noter que l’information divulgué dans ce texte est à titre créatif seulement )

 

30/11/2016 — Afficher votre annonce — Kijiji

Bonjour je m’appelle Patricia, j’ai quitté la Côte-Nord pour m’installer à Montréal. Je me cherche présentement un emploi en restauration […]

J’y ai inséré deux photos de moi, une de loin et une de proche.

 

01/12/2016 — Appel inconnu

– J’ai vu ton annonce sur Kijiji, recherches-tu toujours un emploi ?

– Oui ! C’est pour quel restaurant ? […]

L’homme s’est décrit comme : belle apparence, fin vingtaine, aisé. Il est dirigeant de compagnie et il n’a pas assez de temps pour lui. Il cherchait quelqu’un pour lui faire des massages deux ou trois fois par semaine sans rien de sexuel, pour 150 $ la séance. J’ai trouvé ça généreux pour un simple massage. Il m’a proposé de venir le rencontrer au métro Sherbrooke et m’a décrit comment il serait habillé ce jour-là. Que je pourrais venir lui parler si je le trouvais de mon goût. Ma mère me dirait que c’est un pervers.

J’ai refusé d’aller le rencontrer.

 

03/12/2016 —– Offre qui pourrait t’aider… – Karl B.

Je suis photographe et je travaille sur un portfolio, je recherche une modèle de pied. Je paye comptant et le jour même. C’est temps plein. Ça t’intéresse ?

Karl.B.

J’ai ensuite répondu à cette drôle d’offre :

Bonjour Karl, l’offre me semble intéressante, j’aimerais savoir où est situé votre studio de photo ainsi que le salaire offert. Est-ce seulement des photos de pied ?

Merci de m’éclairer à ce sujet.

Patricia P.B.

Karl m’a ensuite répondu que c’était uniquement des photos de pied et que je resterais toujours habillée. Le salaire était de vingt dollars de l’heure au noir. Je lui ai donc dit que l’offre m’intéressait, mais que je n’avais pas des pieds parfaits. Il m’a demandé une photo. J’en ai envoyé une que j’ai trouvée sur Google. Il ne possédait pas de studio et faisait ça chez lui à Longueuil. J’ai trouvé ça bizarre, je lui ai dit que mon copain allait venir avec moi.

Il n’a plus redonné de réponse.

 

05/12/2016 — Offre disponible sur Kijiji — SPA CANADA

Agent de sensibilisation demandé pour les droits des animaux, taux horaire 20,25 $ de l’heure. Faites carrière chez nous ! […]

POSTULEZ DÈS MAINTENANT !

J’ai été convoquée à l’entrevue de groupe. Il sélectionnait cinq personnes sur vingt. J’ai été prise. Dans la première rencontre, il nous expliquait comment tout fonctionnait. La moitié des dons remis nous revient comme salaire, l’autre moitié aux animaux […]

JOUR 1 : -15 ᵒC. Après neuf heures à faire signer des pétitions, j’ai récolté 22 $ de salaire et une engelure au doigt. Ils m’ont dit que ce n’était pas fait pour tout le monde. Je leur ai répondu que la fausse publicité est illégale au Québec et qu’il devrait peut être écrire recherche bénévole sur leur annonce.

J’ai finalement quitté ce job.

 

15/12/2016 Training dans un salon de massage érotique  — Réceptionniste

– Shana, Foxy et Daisy, venez-vous présenter au client salle 3.

– Le client a choisi de se faire masser par Foxy pour une heure.

Plus tard, j’ai vu du sang sur les serviettes que j’amenais à la laveuse. Foxy ne devait pas seulement que ¨masser¨. L’homme en veston cravate me rappelait mon père, il trompait ma mère dans ses diners de bureau. C’est malaisant de demander un brun pour la salle qui va briser son mariage à 30 000 $, j’espère pour lui qu’il n’a pas d’enfant. Sa pension va lui coûter cher.

J’ai dit à la gérante que je n’allais pas continuer.

 

17/12/2016 –– Assistance à domicile pour mon fils… — Mireille C.

Bonjour Patricia, je recherche une préposée à domicile pour mon fils. Il a besoin de faire changer sa couche chaque jour. Je paie 20 $ de l’heure et c’est seulement 3 heures par jour non déclaré.

Mireille C.

 

Bonjour Mireille, j’avoue que cela sort un peu de ma zone de confort, mais pour 20 $ de l’heure non déclaré ça m’irait. Puis-je vous demander de quel handicap est atteint votre fils, si cela n’est pas trop indiscret ?

Patricia P.B.

La dame m’a répondu que son fils avait 27 ans, ne souffrait d’aucun handicap, ni physique ni mental. Je lui ai alors demandé pourquoi avait-elle besoin d’une assistance à domicile. Elle m’a répondu que son garçon adorait regarder les femmes le changer de couche.

Je suis désolé, mais je ne suis plus intéressée par l’offre.

Patricia P.B.

 

19/12/2016 –– Texto alléchant — Fanny H.

– J’ai vu tes photos sur Kijiji, tu as le profil pour mon agence. Réponds-moi pour en savoir+.

–Bonjour, c’est une agence de quoi au juste ?

–Accompagnatrice, certains de mes clients sont prêts à payer 1500 $ par soir, + les cadeaux.

–… Je ne sais pas trop, c’est un peu contre mes valeurs.

Je me suis fait peur à y penser… J’ai ensuite repensé à ce que ma mère dirait si je faisais du tout inclus.

J’ai finalement arrêté de lui répondre.

 

21/12/2016 —– Refermant la porte du 4100,40 e rue, APP 307, Saint-Léonard

J’ai constaté que les Montréalais étaient dans un autre monde que le mien. Ma mère a accepté que je retourne habiter chez elle. Elle ne pensait pas qu’elle allait me voir à Noël. Après un mois j’ai finalement trouvé un emploi, sur la côte nord,  mon ancien boss veut bien me reprendre, à condition que je ne parte plus jamais.

J’ai finalement accepté l’offre.

 

Ma cage

 

Je les supplie sans cesse pour ne pas qu’ils ouvrent la cale.
Qu’il la laisse moisir là, ça ne me ferait pas grand-chose.

 

 

Depuis des années qu’ils sont là, la nourrissent au travers les barreaux. Elle a passé sa vie à manger, mange encore et n’arrêtera jamais. Reste dans la cale du bateau parce qu’elle ne nous offrirait rien de bon de toute manière, le confort d’une vie qui a atteint sa fin peut-être? Elle se nourrit à main même l’humanité, qui la fait grossir et qui un jour oublie de refermer la grille après son passage. Et arrive enfin le moment qu’elle attendait tant, l’occasion de foutre le camp de sa cage, elle s’enfuit et elle finit par te manger… toi aussi.

C’est donc dommage.

 

Ce que je craignais tant s’amarre hypocritement à ma vie. J’aurais donc voulu qu’elle ne m’aperçoive pas, qu’elle ferme les yeux à la vue de mon taquet. Qu’elle abandonne le fait qu’elle pouvait s’y accrocher ou qu’elle y parvienne d’un nœud vite fait ; qui se déferait. Laissant ainsi dériver sa mélancolie à tout jamais loin de mon paquebot. Ma hantise est que mon amour ne résiste pas à cette tempête. Je ne serais qu’une seule bouchée. Chaque jour je souhaite que le nœud tombe dans la couleur. L’océan. Parce que j’ai l’impression que c’est lui qui m’attache et me détache d’elle. Je ne veux pas me noyer dans cette routine.

Elle me mange de l’intérieur.

 

Je ne sais plus comment m’en débarrasser, j’ai la sensation qu’elle fait désormais partie de moi. Elle l’est, solidement ancrée. Il me suit, cet amour, car nous sommes du même avis. Aujourd’hui, je l’ai regardé dans le blanc des yeux, malgré tout nous voulons essayer. Il m’a ensuite proposé qu’on parte du paquebot, qu’on s’abandonne à nous une fois pour tout. Ensemble, nous avons remonté la chaloupe sur le pont avant. Nous avons gratté la moisissure, réparé les trous, la coque, repeint la structure d’une meilleure couleur, une nouvelle. Se sauver loin, avec cette nouvelle vieille chaloupe. Ensuite, nous l’avons remis à l’eau. On s’est recroquevillé. Nous formions un amas de chair. Les vagues nous amène.

On croyait qu’on s’aimait.

 

J’ai rouvert les yeux ce matin, les nuages cristallisent le tableau. Mon amour m’enlace comme s’il aurait peur que le bateau coule. Je me lève la tête et j’aperçois. La nouvelle peinture commence déjà à s’écailler, nous voyons les vieux souvenirs maussades s’attacher aux parois. Je me sens déjà morte. Témoin de tout. Ils envahissent notre bateau. Nous l’avions surestimée, mal réparé. Mais le paquebot est déjà trop loin, nous allons rester ici.

L’océan ne veut pas partager.

 

Je savoure de ce dernier moment, nous sommé déjà à moitié épave. Il m’embrasse avec nostalgie comme pour mourir mieux. Pour nous soulager de ne pas seulement nous noyer d’eau, mais de se noyer d’amour. Dans l’océan je vois bleu, des vagues qui font une mousse blanche sur la surface, blanche et bleu, comme ce que je voie. J’aime, mais je suis amarrée, amarrée à cette routine qui me tient la tête sous l’eau ; j’avale la couleur pour ne pas qu’elle me tue. Beaucoup trop de quantité de couleur que je ne fournis plus d’avaler ma mort. Je m’étouffe dans notre ironie, je meurs les yeux ouverts en le regardant tristement se noyer.

J’ai vu notre mort.

 

Au quai de la morgue, je suis emboitée. Elle nous a mis dans la même boite. Lui et moi. La routine nous suit encore pour être certaine de nous avoir achevés. Hier encore je tentais de fuir cette couleur. Cela n’a pas fonctionné. Je ressens la pesanteur de l’océan se refouler sur nous. Mon corps cale. Elle m’embaume pour en finir enfin. Son amour mystérieux s’acharne de maintenir ce bleu parfait dans mon visage, le bleu qui m’a remplie de mort.

Le bleu de ses yeux, les siens.

 

Je vous avais prévenu de ne pas ouvrir la grille de la cale,
de ma cage.

Because love isn’t supposed to be .

Voilà ou le soleil sort le bout de son nez dans mes rêves , beaucoup plus chaud des réveils givrés que la Côte-nord m’offrait , pourtant ces journées sans toi qui me manques terriblement . Encore pour moi un soupire interminable de je ne sais trop quoi . Car je n’en sais trop rien , impossible de placer un mot ni de lui déposer une rose pour lui expliquer que ma vie est à fleur de peau sans lui, mes petites émotions de papier , elles ne valent qu’un rien , je suis facile à effriter . Je goûtais sans cesse l’amertume dans toutes les facettes de ma pitoyable existence . Sans trop savoir ce que je faisais j’ai ouvert la porte le plus grand que j’ai pu pour reprendre mon souffle coupé & malgré tout j’ai respiré l’un des plus grands regrets , mon corps se noyait dans sa mélancolie . Plusieurs discours d’idiotie accrochés à leur lèvre se retenant plus une seule seconde d’éclaboussés . Encore un X de plus sur les jours de mon calendrier . Je compte seulement sur lui , pour te ramener à mes côtés .

Il y a quelques semaines de cela une phrase ma beaucoup fait réfléchir.. Un gars ben chill , qui m’a tout l’air assez Wild Open avec son gilet du CH , y me lâche ben FRANC ma fille avec son toupet d’Elvis à la  » Its now or never  » .. Bin voyons a 24 ans l’amour c’est pas supposé être compliqué c’est blanc ou c’est noir That it . Bref tout pour comprendre qui avait encore une Cristie de faute à ma réponse… J’avais répondu une cuisson médium saignant à un tartare de baloney . Heyyyy ben mon George..! J’ai tout compris à partir de la . LOVE ITS NOT SUPPOSED TO BE , love is not supposed to be …

J’ai horreur de tout ça , mais je dois déposer mes cartes sur ton coeur de cristal . Mes maudites journées qui me donnent des noeuds dans le ventre . Je déambule dans le centre-ville de la métropole comme une vulgaire machine jusqu’à la station Peel . Encore une fois, j’entends la belle voix radiophonique du métro dire «STATION Guy Concordia». Hey oui la belle petite brune n’est pas présente dans sa tête encore une fois dans le mauvais sens des rails . Honoré Beaugrand pis Angrignon ? Sa se ressemble toute ça , non ? Je survis mécaniquement , depuis quelques jours mon âme est à la dérive . Encore une fois ton âme imbibée d’instabilité émotive qui t’empêche de ressentir ce que tu veux , avec qui tu le veux. Je me sens comme un robot qui acte 1 par 1 les gestes qu’elle le doit . Deux heures de transport en commun chaque jour y’a rien la quand t’as 642 tracas dans ta tête. Le temps est court, mais yé long en st crème quand tu te tapes des ulcères parce que le stress te fait stresser à propos du stress que le stress te cause . J’aimerais des émotions normales dans un monde ben chien . Hey non mes petites émotions de papier son difficiles à satisfaire et puis les seules qui ont duré ces dernières années et je cite mon GRAND amour inconditionnel envers mes petits bébés ( mon petit Cachou Boulay et ma fille Amy Paradis ). Les seuls qui peuvent m’apporter une vague de calme immense dans mon corps … Un sentiment de Selexa qui adoucit mes capricieuses excentricités . Elle détruit tout sur son passage , des mélodieux accords de la campagne jusqu’à dégurgiter toutes les bulles d’un prestigieux champagne . Quelqu’un m’a déjà dit qu’on ne pouvait pas être bien avec le fait d’être la seule et unique raison pour quelqu’un de rester. Hélas cher valet, j’ai compris assez vite que s’en était un châtiment de se sentir comme la belle dans le brusque complet de la bête .. Comment pourrait-on souffrir d’un tel égoïsme au point d’empêcher un fermier de traire ses vaches , comment pourrait-on se sentir bien a empêcher quelqu’un de faire ce qu’il aime . Et tout sa juste parce qu’on l’aime ? Comment tu décrirais chère l’amour à ta façon ? Hey bien mon grand public je décrirais l’amour comme un océan rosé rempli d’un soupçon de ton noir grisâtre de malsainité atteignant quelquefois des précipitations de teinte bleu clair au soleil fleurissant d’une photo parfaite Intagram . Hey voilà mon hypothèse . Je vous déclare sans travers ma nébuleuse personnalité , celle qui ne sait ou elle s’en va . Celle qui ne voit pas mais surtout n’y comprend rien a ce qu’elle peut ressentir . Des passions d’Ivresse par ci et par la , les aiguilles qui cocorico sur mon pendule se lasse d’imiter tous les jours le même train – train , rococoti rococota , ça fini pu change de disque Elvis . Lundi c’est rose ,vendredi c’est brun pis vendredi et demi c’est Flamants-rose . Je vous invite tous a regarder défiler ma malheureuse personnalité imperméable a votre crasseux venin . Nous allons célébrer et boire ces bulles jusqu’à ce qu’il n’y aie plus d’air a l’intérieur de chacune de ces flatteuses sphères de mesquinerie .Enfin je tourne les cartes , je vous ai dévoilé ce que j’avais de plus beau a mon affreuse personnalité … Je vous met face à la dernière balle de mon fusil , je vous abandonne a ma charmante poésie .

Il était une fois dans un royaume lointain, un jeune prince au cœur de Crystal , encagé par la princesse , sois disant sa bien-aimée . N’étant plus apte a survivre pris de sa fragilité il ne soumit a un dernier cri pour la charmer . Malheureusement son ouïe à ton de gris n’entendit rien de ce denier . Elle continua sa route en maudissant la vie de lui avoir laissée comme héritage , que son affreuse personnalité . Hey puis elle disparu , dans cette nuit a ton de gris , avec un cœur en Crystal , qui n’était pas le sien . Et il apparut cette étoile …

Une teinte bleu clair au soleil fleurissant d’une photo parfaite instagram.. Parfaite.

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Je t’ai aimer tout croche .

On me reproche souvent d’être frette comme l’hiver . De pas avoir un sourire permanent  de tatouer dans face . D’être dure d’approche. D’être l’image parfaite de la Nonchalance .  D’avoir l’air tout croche dans ma tête .D’être le mouton noir de la gang , de pas être dans l’même beat… Êtes-vous déjà sentie sale ? La misérable impression que la vie ne vous a rien donné tout cru dans le bec ? Se sentir honteuse et crasse comme un clochard qui quête les cennes sur le bord du métro McGill . Le présentiment de toujours devoir vous battre pour avoir droit de vivre un moment spécial … un centime de seconde de vrai . Je n’en était pas convaincu, mais dieux conte pas de menterie,  t’était le bon , le bon pour moi . J’voulais seuallo11lement essayer d’aimer  , de vivre la grande histoire d’amour , qu’on s’aime a ressentir la petite étincelle pis les papillons dans l’ventre , j’avais l’gout de te voir pis d’avoir la gorge nouée , d’me sentir tout croche quand tu passes la cadre de porte . De partir loin du monde pis d’croire que tout était possible avec toi . Mais s’ta craire ta surement vue ça toé avec , j’en avais trop demandée . J’te dit tout ça parce que j’me sens mal , mal avec le fait que j’ai pas été capable d’me laisser emporter  . J’ai moi-même raté l’printemps parce que j’avais peur que les fleurs ne fleurissent jamais . Mais tsé , faut pas croire  tout ce que l’monde disent .  Toutes les fois j’te voyais j’avais la Voie lactée din yeux malgré mes 13 onze de bue . J’étais tellement mêlée avec toi , que j’en étais même plus moi avec moi. Et évidemment j’ai jamais été capable de l’accepter.  J’était su l’gros nerf qu’tu fasse un moove trop entreprenant. Parce que Dieu seul sait que le diable s’en doute . J’me serais laissée tenter , parce que comme on dit j’aurais pas haï ça . J’ai souvent cru a plusieurs reprises que t’étais le bon gars pour moi , que sa serait une belle place pour y passer ma vie #avectoi . J’ai été conne thats it.  J’avais un esti de blocage , ça me hante a tous les jours depuis mon fameux départ . Vous pensez que c’est évident ? De passer ses grandes journées à manger ses bas . Se demander si on va le ressentir a nouveau un jour , un jour bin loin .. Je t’ai aimer tout croche je l’avoue. J’ai eu la chienne de toi . De tes mille et une fans.  J’ai eu la chienne parce que t’étaits tout ce que j’voulais . J’ai eu peur d’avoir du fun , j’ai eu peur d’être bien faut croire . J’freakais j’pouvais juste pas croire que sa s’pouvait . Asteur que tes a 642 km de moi il est trop tard . Tes pu la . J’suis plus capable de t’retrouver . Pis j’me suis perdu moé avec .  J’aurais trouver sa beau dans brise du vent , d’te regarder ramasser des bleuets , J ‘t’aurais trouver beau tout l’temps. 

 Si tu viens j’ai une black dans le frigidaire, c’est tout c’qui m’reste de toi .